L’appel du 12 juin… 1709 !

Malplaquet

Le 1er novembre 1700, Charles II, Roi d’Espagne, meurt sans descendance. Les deux principales familles régnantes d’Europe, celle de France (Bourbon) et celle d’Autriche (Habsbourg), toutes deux très apparentées à Charles II, veulent alors le trône.

Charles II a légué sa couronne par testament à Philippe, duc d’Anjou, petit-fils du Roi de France Louis XIV. Philippe, âgé de 17 ans, va à Madrid où il est couronné sous le nom de Philippe V. Cependant, les autres royaumes d’Europe redoutent la possibilité d’une « monarchie universelle », c’est un dire une monarchie réunissant la couronne de France et celle d’Espagne les deux plus puissantes d’alors.

Tous ces royaumes d’Europe se coalisèrent donc contre la France et l’Espagne. Ce fut la première véritable guerre mondiale. Dans ce conflit, les victoires et les défaites alternèrent pour les deux camps. Mais au cours de l’année 1709, la France et l’Espagne parurent bien près de s’effondrer. Louis XIV cherchant la paix, les Alliés posèrent des conditions inacceptables : Philippe V devait se retirer d’Espagne sans aucune compensation, la France rendrait la majeure partie de l’Alsace, ainsi que Lille et Dunkerque, elle ne pourrait plus commercer avec l’Amérique espagnole…

Il y a 304 ans, Louis XIV s’adressa directement à la nation française, acte sans précédent depuis Henri IV. Ce fut l’appel du 12 juin 1709.

 

« L’espérance d’une paix prochaine était si généralement répandue dans mon royaume que je crois devoir à la fidélité que mes peuples m’ont témoignée pendant le cours de mon règne, la consolation de les informer des raisons qui empêchent encore qu’ils ne jouissent du repos que j’avais dessein de leur procurer.

J’avais accepté, pour le rétablir, des conditions bien opposées à la sûreté de mes provinces frontières ; mais, plus j’ai témoigné de facilité et d’envie de dissiper les ombrages que mes ennemis affectent de conserver de ma puissance et de mes desseins, plus ils ont multiplié leurs prétentions ; en sorte que, ajoutant par degrés de nouvelles demandes aux premières et se servant, ou du nom du duc de Savoie, ou du prétexte de l’intérêt des princes de l’Empire, ils m’ont également fait voir que leur intention était seulement d’accroître aux dépens de ma couronne les États voisins de la France et de s’ouvrir des voies faciles pour pénétrer dans l’intérieur du royaume toutes les fois qu’il conviendrait à leurs intérêts de commencer une nouvelle guerre […].

Je passe sous silence les insinuations qu’ils ont faites de joindre mes forces à celles de La Ligue, et de contraindre le roi, mon petit-fils, à descendre du trône, s’il ne consentait pas volontairement à vivre désormais sans États, à se réduire à la condition d’un simple particulier. Il est contre l’humanité de croire qu’ils aient seulement eu la pensée de m’engager à former avec eux une pareille alliance. Mais, quoique ma tendresse pour mes peuples ne soit pas moins vive que celle que j’ai pour mes propres enfants ; quoique je partage tous les maux que la guerre fait souffrir à des sujets aussi fidèles, et que j’aie fait voir à toute l’Europe que je désirais sincèrement de les faire jouir de la paix, je suis persuadé qu’ils s’opposeraient eux-mêmes à la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l’honneur du nom FRANCAIS.

[…] J’écris aux archevêques et évêques de mon royaume d’exciter encore la ferveur des prières dans leurs diocèses ; et je veux en même temps que mes peuples, dans l’étendue de votre gouvernement, sachent de vous qu’ils jouiraient de la paix, s’il eût dépendu seulement de ma volonté de leur procurer un bien qu’ils désirent avec raison, mais qu’il faut acquérir par de nouveaux efforts, puisque les conditions immenses que j’aurais accordées sont inutiles pour le rétablissement de la tranquillité publique… »

Louis XIV, le 12 juin 1709

Cet appel fut lu dans les 39.000 paroisses du royaume et impressionna les populations. Elles le ressentirent comme un implicite référendum, une reconduction du contrat millénaire qui liait la nation à son monarque. On ne leur demandait plus d’obéir à leur Roi mais de le soutenir dans l’adversité au nom de leur destin commun qui s’appelait la France. Alors faisant corps avec son souverain, le vieux pays décharné puisa dans ses tréfonds les ressources nécessaires au sursaut commun. Partout nos armées, souvent encerclées, résistèrent puis se dégagèrent, remportant même de petites victoires.

D’après Louis XX, petit-fils du Roi Soleil de Daniel de Montplaisir

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