La Civilisation de la Contraception

Le Père Stanislas de LESTAPIS, s.j., l’un des Fondateurs du CLER, a été parmi les premiers à proposer une réflexion d’ensemble sur la fécondité et son contrôle, en particulier dans son livre, LA LIMITATION DES NAISSANCES (Spes). Le Chapitre VII, sur la Civilisation de la Contraception, (ré-écrit en 1960) a des accents prophétiques, qu’il est bon de relire aujourd’hui.

AMOUR ET FAMILLE en donne, ici, quelques extraits.

Il est rare qu’un inventeur soit assez lucide et clairvoyant pour prévoir d’un seul coup d’œil tout ce que son invention doit apporter de changements dans les habitudes de ses congénères, de transformations dans les mœurs et les esprits, de substitutions dans les motivations secrètes des individus, de troubles peut-être dans l’idéal conscient d’une société. Et pourtant chaque invention est, à sa manière, explosive. Chaque invention provoque comme une déflagration qui, ou bien amplifie sans la déformer, l’image, la conception que l’homme s’est faite de lui-même, ou bien, au contraire, en en cabossant les arêtes et les lignes, reforme cette image sur un autre type.
Or le problème nous apparaît analogue lorsqu’il est question de « valoriser » la contraception, en demandant à l’État de la rendre légale et d’en autoriser la diffusion. Pour exprimer toute notre pensée, nous n’hésitons pas à affirmer que cette « valorisation » entraînera de profondes mutations dans notre civilisation. Il n’y a du reste qu’à observer celles qui sont déjà en cours dans les nations, qui, depuis une ou deux générations, ont officialisé les mœurs anticonceptionnelles.

MUTATIONS IMPLIQUÉES PAR UNE CIVILISATION DE LA CONTRACEPTION

– La disparition progressive du groupe des familles volontairement nombreuses, la famille nombreuse tendant à apparaître comme une monstruosité.
– Un vieillissement spirituel et une sclérose prématurée des populations et des familles devenues volontiers moins créatrices.
– Un certain avilissement de l’idée et de l’idéal du bonheur familial, en fonction d’un soi-disant « droit au bonheur » et de ce qu’on pense en être les « techniques ».
– Une baisse de la moralité dans la jeunesse. Licences plus nombreuses des célibataires. Décrochage de la sexualité féminine d’avec le mariage.
– Une altération grave du lien amoureux, due à l’inversion imposée à la fonction sexuelle, et à la fixation de celle-ci à un stade très « adolescent ». Enlisement de la société dans ce stade « transitoire ».
– Une stérilisation volontaire de l’instinct maternel en raison de la répression imposée au voeu de l’enfant, inné dans la femme. Généralisation d’une sourde hostilité contre la vie et ses premières manifestations : grossesses, maternités, voire parfois poupons et bébés.
– Une conception nouvelle du sexe, essentiellement défini désormais comme « une capacité de jeu érotique au service du couple », la référence à la procréation n’étant plus qu’accidentelle.
– Un confusionnisme croissant des deux sexes et une moindre résistance aux « inversions sexuelles » : dévirilisation de l’homme, et déféminisation de la femme.
– Une indulgence croissante envers l’homosexualité, comme jeu érotique à la rigueur expressif d’intimité personnelle entre amis.
Enfin par les espoirs qu’elle fait naître, mais qu’elle ne parvient pas à combler, la contraception, à travers bien des frustrations et bien des insatisfactions profondes, porte aussi sa responsabilité :
– Dans la crise des divorces et l’instabilité conjugale moderne.
– Dans la baisse de la santé mentale, et dans l’anaphrodisie féminine, indiquée dans le Rapport Kinsey.
– Dans l’abdication des parents, face à leurs tâches éducatrices.
– Dans l’ennui dont suinte une civilisation tout entière tournée vers la culture du confort et des satisfactions sexuelles.
On peut nous accuser d’avoir poussé le tableau au noir. On ne pourra pas nous reprocher de n’avoir pas été franc. Reste maintenant à justifier ces prévisions, dont nous avons commencé par dire qu’elles n’étaient que trop malaisées à fonder statistiquement.

Discrédit de la famille nombreuse

La civilisation industrielle n’est pas en soi favorable aux familles nombreuses. Toutes les enquêtes menées auprès des ménages sur le nombre idéal d’enfants par famille révèlent une nette différence entre citadins et ruraux. Ces derniers envisagent habituellement une famille de dimensions plus grandes que les couples urbains.
Mais ceci dit, il reste que le climat malthusien diffusé par la propagande en faveur des procédés anticonceptionnels débilite le ressort créateur des foyers. Les oppositions factices, instituées par cette propagande, entre « familles heureuses » et « familles nombreuses » parviennent à faire passer celles-ci pour monstrueuses.
Comme il est avéré par ailleurs qu’en général on a d’autant plus d’enfants qu’on a grandi dans une famille plus nombreuse, la réduction du nombre de familles nombreuses dans les générations actuelles signifie une rupture dans la tradition. Celle-ci ne peut s’expliquer que par un discrédit jeté sur la famille nombreuse, discrédit formulé ou simplement impliqué, du fait qu’aucune politique d’aide à la famille nombreuse ne se manifeste. Ceci est encore le cas des États-Unis à l’encontre de la France.
Il faut malheureusement des catastrophes nationales pour ouvrir les yeux des contempteurs de la famille nombreuse. Ce n’est en effet qu’à ces heures de crise, que les politiques attirent l’attention de l’opinion publique vers ces familles nombreuses sans lesquelles ne serait pas en fait assurée la relève de la population.
« On voit donc, déclare le Dr SUTTER (1), les répercussions que pourrait avoir une augmentation de l’efficacité des méthodes contraceptives dans notre pays. L’I.N.E.D. rappelle fort justement que la législation familiale n’a pas eu d’effet direct sur la fécondité des familles nombreuses : ce sont le troisième et surtout le deuxième enfant qui sont devenus en France plus fréquents qu’avant 1939. On peut donc ressentir pour la France quelque inquiétude sur les conséquences démographiques directes d’une généralisation de l’application des méthodes contraceptives. »

Vieillissement spirituel et sclérose prématurée

Il n’est pas téméraire d’établir une sorte d’équation entre contraception et stérilité, entre mentalité anticonceptionnelle et vieillissement de l’esprit. Pendant longtemps on a pu penser que le vieillissement d’une population provenait de l’allongement de la vie. Il est actuellement prouvé par MORTARA et BOURGEOIS-PICHAT que le vieillissement est le fruit de la baisse de la fécondité. « Le lien étroit entre le vieillissement et la stérilité volontaire, écrit SAUVY (2), présente une grande importance sociologique. Justifié ou non, le refus de donner la vie réduit la vitalité des populations. »
A force de faire redouter la venue naturelle de l’enfant comme celle d’un intrus, d’un gêneur, la mentalité contraceptive enferme l’esprit dans la peur du lendemain et la crainte du risque. Lorsque cette mentalité devient collective, on peut prédire qu’il y a un certain nombre d’événements qui ne se produiront plus dans ce pays. Un amour excessif du confort et du bien-être matériel replie les esprits sur un amour excessif du passé. Les protections politiques se font de plus en plus fortes en faveur de ceux qui sont en place. Les solutions neuves à de vieux problèmes sont impossibles. L’imagination prospective manque. Une mentalité de rentier s’instaure qui ne voit d’avantages que du côté de la capitalisation. L’opinion publique se confie d’ailleurs plus à la rentabilité des entreprises de consommation que des entreprises productrices d’énergie. La peur-panique du chômage refoule les initiatives. Les capitaux comptent plus alors que les hommes. L’envie de créer, de défricher ne hante plus l’homme. Pourquoi de fait se gêner pour les générations futures, si celles-ci sont constamment considérées comme le minimum « qui ne coûtera rien » et ne dérangera personne ? Une léthargie maladive s’empare alors, à son insu même, de telle population. Une optique faussée empêche le diagnostic réel du mal qui mine sourdement la nation. Mais non, on se croit sur le bon chemin, et l’on chemine en fait lentement vers la mort.
Que deviendront alors ces nations sclérosées en présence de peuples jeunes, vigoureux et créateurs ? Pour rajeunir il n’est qu’un seul moyen : lancer un appel aux foyers, leur demander plus de naissances et plus de fécondité. Mais comment pareil appel réussirat-il à trouver un écho chez des habitudinaires de la stérilité ? Faudra-t-il renverser la propagande, et déclencher à nouveau celle-ci dans le sens nataliste ? S’il devait en être ainsi, n’eût-il pas été plus sage de commencer par ne pas compromettre natalité et fécondité avec cet esprit de stérilité diffus dans les campagnes contraceptives ?

Avilissement de l’idée de « bonheur familial »

On peut se demander si les législations anticonceptionnelles, à force d’ignorer les valeurs que représentent l’ascèse et les maîtrises de continence, ne contribuent pas plus qu’on ne l’imagine à abaisser le sens moral des populations. Qu’on en juge plutôt par la page suivante, extraite d’un manuel de préparation au mariage (3), fort apprécié aux États-Unis, et qui traduit assez bien la mentalité des milieux malthusiens :

« Il n’est plus désormais question de savoir si nous devrions ou non avoir, pratiquer et permettre la contraception. Celle-ci existe déjà et sur une grande échelle. Le problème est uniquement d’en améliorer l’usage et d’en éliminer l’abus. La contraception est très répandue parmi les classes supérieures et cultivées, elle s’étend aux autres classes. Sa progression continue dépend du développement des forces économiques. Une fois que les gens ont découvert comment élever leur standing de vie en réglant le nombre de leur postérité, la propagation de ce savoir est inévitable, irrésistible. Elle peut être ralentie par voie législative, ou par préjugés, mais elle ne peut être stoppée… Dans tous les États, sauf le Massachusetts et le Connecticut, les médecins sont maintenant autorisés à donner des conseils contraceptifs à leurs clients. Nous sommes pourtant encore loin d’être une nation qui règle la production des bébés humains, aussi efficacement et effectivement qu’elle règle la production et l’amélioration de son cheptel… »
Il faut bien en effet se rendre compte que la civilisation de la contraception est une forme de rationalisme dépersonnalisant, où l’expression « se mettre à la disposition de la vie » à créer ne revêt littéralement plus le sens spirituel. A l’intelligence technicienne est confié le soin d’accomplir cette réduction. Désormais la vie est invitée à rentrer dans la catégorie des biens utiles. Elle perd le halo de mystère et de grandeur, le sacre, et la dignité que lui conféraient ses virtualités, en puissance de personne humaine. Par les techniques contraceptives, elle est priée de rejoindre la catégorie des loisirs commerciables. Elle est soumise à une sorte d’électrolyse, où l’effet créateur est stérilisé et l’effet jouisseur seul retenu.
En officialisant de pareilles techniques, la société se rend-elle réellement compte de la révolution qu’elle opère et du renversement des valeurs qu’elle accomplit ? Le bonheur n’est plus à chercher dans l’ordre de la gratuité et de la création, mais exclusivement dans celui de l’avoir et du rentable !

Baisse de la moralité. Jeunesse. Célibat

Comment voudrait-on que ce climat n’influençât pas les jeunes générations et que celles-ci ne revendiquent pas également leur part de « droit au bonheur » ? Si l’ambiance de la société laisse entendre que le bonheur est par excellence dans l’expérience sexuelle, – et l’expérience sexuelle stérile -, si par ailleurs la même société offre des garanties techniques pour de telles expériences dans la vie conjugale, pourquoi la jeunesse masculine et féminine se priverait-elle de les tenter de façon extraconjugale ? La logique n’est-elle pas pour ces garçons et ces filles ? Aussi bien tous les témoignages convergent-ils de façon étrange. Les sociétés où la contraception règne sont celles où les expériences prémaritales se sont le plus développées.
Qu’on ne nous fasse pas dire pour autant qu’en dehors de ces sociétés la continence avant mariage, la continence masculine en particulier, est parfaitement gardée. Nous savons trop que la prostitution ici, ou là les mariages-de-réparation ont de tout temps existé.
En tout cas, il est clair que sous l’effet de l’érotisation croissante que développent les moeurs contraceptives, la jeunesse féminine s’aventure beaucoup plus facilement, à ses risques et périls du reste (car ceux-ci ne sont pas supprimés comme le prétend la propagande), dans des expériences sexuelles hors mariage. Ce n’est ainsi mystère pour personne que l’âge au mariage est en Suède relativement plu; tardif qu’ailleurs, parce qu’il clôt une sorte de mariage à l’essai pratiqué, au moins dans les villes, pendant deux, trois ou quatre ans.

Fixation de la sexualité à un stade très « adolescent »

Par le fait qu’un nombre croissant de couples ne veulent plu: goûter dans l’acte conjugal, dont ils tronquent délibérément l’élan, le mystère de création qu’il est normalement destiné à être, comment ce mystère de création ne se déprécierait-il pas lui-même ? En effet, même à supposer que la relation conjugale contraceptive demeure encore à base de don mutuel, de volonté réciproque d’épanouissement, ces résultats ne sont pas obtenus sans la secrète impression d’une correction à imposer à la nature et à son élan foncier. Le ménage s’engage alors dans un faux équilibre, un équilibre qui n’est pas celui que la nature a prévu, un équilibre qui n’est qu’une juxtaposition d’égocentrismes, au lieu d’être la mise en place de l’instinct sexuel dans l’ensemble des phénomènes relationnels de personne à personne qui font la communauté.
Ce décalage est proprement typique d’un stade « adolescent», où la sexualité demeure obsessionnelle à moins qu’elle ne soit compulsionnelle. L’euphorie éprouvée alors par le couple n’est qu’un camouflage d’une insécurité foncière. Au lieu de l’équilibre qu’aurait dû donner la progression de l’instinct vers sa maturité, ce couple ne jouit que de l’équilibre instable des stades transitoires. Sans vouloir se l’avouer, il n’en est pourtant pas absolument dupe. La nervosité, l’instabilité, la versatilité fournissent assez de signaux d’alarme, pour suggérer qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Loin de combler les frustrations qu’éprouvent alors ces conjoints San maturité, l’euphorie équivoque de leur sexualité compulsionnelle rie fait que les exacerber. Le divorce est l’issue la plus fréquente de ces faux équilibres.

« Ce qui caractérise toutes les perversions (d’équilibre), écrivait S. FREUD dans une phrase dont il serait intéressant de situer la place exacte dans l’oeuvre générale du fondateur de la psychanalyse, c’est qu’elles méconnaissent le but essentiel de la sexualité : la procréa
tion. »

« Nous qualifierons en effet, de perverse, continue FREUD, toute activité sexuelle qui, ayant renoncé à la procréation, recherche le plaisir comme un but indépendant de celle-ci. »
« Ainsi comprendrez-vous que la ligne de rupture et le tournant du développement de la vie sexuelle doivent être cherchés dans la subordination de celle-ci aux fins de la procréation. Tout ce qui se produit avant ce tournant, tout ce qui s’y soustrait, tout ce qui sert uniquement à procurer de la jouissance reçoit la dénomination peu recommandable de « pervers » et est, comme tel, voué au mépris. »
Il est vraiment curieux que la psychanalyse n’ait pas cherché à suivre la piste ouverte ici par le maître, et si perspicace qu’elle soit à déceler les complexes conflictuels dans la profondeur du psychisme, n’ait pas étudié davantage celui-ci ! Ignore-t-elle donc que la nature finit toujours par se perturber, lorsque la contrainte veut lui faire réaliser une ceuvre à l’inverse de celle que sa structure postule et poursuit ?

Atteinte à la maternité

« On parle de maternité volontaire et libre, déclare le R. P. HENRY. La contraception n’est pas apte à donner de la volonté, ni à favoriser l’épanouissement de la liberté dans l’âme, ni à développer la conscience de ce que l’on fait, conditions essentielles de vrai bonheur. La contraception est destinée à suspendre pendant quelque temps le pouvoir de l’engagement, à lui donner relâche… en attendant de s’y remettre. Un peu comme l’homme qui dit à son âme : Va, prends du bon temps, à la fin de ta vie tu te convertiras. Est-on sûr de son vouloir ? Le vouloir ardent, libre et réciproque, se prépare dans l’effort et avec la grâce de Dieu. La contraception délibérée, systématique, loin d’aider au mûrissement du libre vouloir, le contrarie, le corrompt intérieurement, le cancérise (4). »
Qu’on n’objecte pas qu’il doit en être tout autant avec la continence périodique, lorsque celle-ci est systématiquement organisée en vue d’espacer des naissances. En effet, à l’opposé de la contraception, la continence réalisée en esprit de chasteté impose à la volonté un effort coûteux de maîtrise spirituelle. Toutes choses dont une technique, censée agir automatiquement, dispense en principe. Aussi, la maternité conserve-t-elle en climat de continence et de chasteté cet élan créateur dont finit par la priver la stérilisation anticonceptionnelle. L’enfant n’est pas aimé de la même façon par la maternité « continente » et par la maternité « contraceptive ».
Qu’on ne nous fasse pas dire pour autant que, dans les peuples qui ont opté pour cette civilisation officielle de la contraception, ne se rencontrent plus ni amour du bébé, ni intérêt pour les nourrissons, ni soins appropriés pour l’enfance. Dieu merci, ces choses s’y trouvent aussi. Mais qu’on nous permette cependant de livrer une impression personnelle : ces choses s’y trouvent, dirions-nous, à l’état surveillé, contrôlé, dispensé, confiné comme de beaux fruits empaquetés dans des devantures, et non plus comme des fruits en vergers. Bon gré mal gré, règne, nous semble-t-il, en ces populations, une atmosphère de méfiance contre la nature. Officiellement sa prodigalité offusque, et sa gratuité gêne. Chacun et tous se tiennent sur la défensive, sur un pied de guerre.
La contraception est, à cet égard, comparable à une arme défensive. En effet elle donne une primauté incontestée à la signification égocentrique de la sexualité conjugale, et la donne à l’encontre des requêtes créatrices des aptitudes naturelles. Celles-ci manifestent clairement que le sens évident de tout le complexe sexuel est essentiellement relationnel. Physiquement, physiologiquement et psychiquement, la relation sexuelle entre deux personnes de sexes différents signifie non pas une dualité close, mais une communion créatrice, ouverte sur de tierces personnes.

Une nouvelle conception du sexe

Quand la sexualité conjugale au contraire s’organise grâce à la contraception en une « dualité close sur elle-même », c’est la conception de la sexualité tout entière qui se transforme. Celle-ci prend figure de « capacité de jeu érotique au service du couple ». La référence à la procréation n’étant plus qu’occasionnelle, le sexe est d’abord plaisir, jouissance. Il est cela essentiellement. La réalité peut être dissimulée sous le terme de « communion ». Le fait n’en est pas moins là : il s’agit d’une communion essentiellement narcissique, ou, comme il a été déjà dit plus haut : une juxtaposition de deux égocentrismes.
En conséquence, n’avons-nous pas raison d’affirmer que, lorsque la sexualité devient ainsi une fin en soi, lorsqu’une civilisation ne la considère plus officiellement que comme cette capacité de jeu érotique donné au couple par la nature, il s’accomplit une véritable mutation, un bouleversement de l’ordre des valeurs? Dès lors avons-nous tort de parler de « civilisation de la contraception N’est-ce pas là un nouvel Humanisme, de moins en moins centré sur la création personnelle et spirituelle mais, plus que jamais, sur l’hédonisme ?

Dévirilisation de l’homme. Déféminisation de la femme

Pour avoir voulu corriger la nature, en reléguant à l’arrière-plan de la conscience et des valeurs, la signification créatrice de la sexualité, l’idéologie néo-malthusienne tend vers la confusion et l’identification des sexes. En effet, bon gré mal gré, la différenciation des sexes se définit par rapport à l’oeuvre créatrice, à l’« oeuvre de chair ». L’homme et la femme se distinguent l’un de l’autre en fonction de leur manière respective d’être l’un et l’autre à l’origine de leur enfant, d’être celui qui engendre et celle qui enfante.
Enlevez au contraire des sexes leur différente orientation à l’oeuvre de chair, ou même faites simplement rentrer celle-ci dans l’ombre, comment l’homme et la femme vont-ils vraiment se distinguer l’un de l’autre ? Ne vont-ils pas présenter cette sorte d’ambiguïté que manifeste l’adolescence ? Personne n’ignore en effet l’espèce d’ambivalence dont sont capables les adolescents des deux sexes. Lorsque des adultes offrent la manifestation de ce qu’on nomme des « états intersexuels », c’est précisément qu’ils se sont physiologiquement ou psychiquement fixés à ce stade adolescent.
Le signe au contraire de la maturité, c’est lorsque l’homme devient vraiment viril, et la jeune fille vraiment femme. Or, pour l’un comme pour l’autre, cette maturité s’accomplit normalement dans l’étape de la paternité et de la maternité. Chez le vieux garçon et la vieille fille, qui n’ont pas su compenser leur célibat par une paternité et une maternité spirituelles, il demeure quelque chose d’adolescent ou même d’infantile, dont la société se charge généralement de se moquer.
La civilisation érotique de la contraception, en dévaluant, même à son insu, la paternité et la maternité, ne serait-elle pas plus responsable qu’on ne le croit de ce confusionnisme des sexes, si caractéristique du monde contemporain, et pourtant si préjudiciable à la saine éducation des enfants ?

Indulgence croissante envers l’homoséxualité

Dans la mesure où la sexualité humaine aurait, comme on l’écrit, sa signification parfaite indépendamment de sa référence à la procréation, qu’est-ce qui pourrait encore la garantir contre une dérivation vers l’homosexualité ? En effet, si le jeu érotique à deux a son sens parfait en soi-même, s’il n’a plus qu’une destination purement psychologique au service du couple, si la référence à l’oeuvre de chair n’y est qu’accidentelle, pourquoi donc vouloir à tout prix maintenir ce jeu érotique à deux dans l’ordre de l’hétérosexualité ? Pourquoi la société continuerait-elle à refuser à l’homosexualité la liberté qu’elle réclame ? Si comme on l’a écrit : la fonction primaire de la sexualité est « d’établir dans un couple l’état d’ « une seule chair » (Enosis), en rendant les deux partenaires aptes à se communiquer l’un à l’autre l’inexprimable signification de leur amour », pourquoi ceci n’existerait-il pas entre deux hommes ou deux femmes? En effet à laisser constamment déprécier, soit directement, soit indirectement, l’oeuvre procréatrice au profit du jeu érotique, soi-disant plus personnaliste, les couples ne risquent-ils pas d’établir, dans leur ambiance, à commencer par leur progéniture restreinte, un climat équivoque et délétère propice aux fixations sexuelles ? Au lieu de s’orienter, comme il se devrait, vers le don et l’altruisme, la sexualité commet alors le contresens fixateur ou régressif source de l’homosexualité : vouloir se retrouver dans l’autre.

Responsabilité de la contraception dans l’instabilité conjugale

Il a été dit plus haut comment des équilibres conjugaux équivoques, entretenus par la contraception entre conjoints encore insuffisamment mûrs sexuellement et affectivement, s’achevaient le plus souvent en divorce ; et cela d’autant plus que le mirage de la contraception-miracle avait davantage miroité à leurs yeux. La vérité ne pardonne pas à ce qui s’échafaude à son encontre.
Aussi bien, sans pouvoir mettre au compte exclusif des moeurs contraceptives le nombre beaucoup plus considérable de divorces dans les pays ayant officialisé ces mceurs, nous avons cependant le droit de faire remarquer cette coïncidence.

Autres résponsabilités de la contraception

D’autres inconvénients ou méfaits devraient probablement être aussi portés au compte des moeurs contraceptives surtout lorsque celles-ci sont officiellement consacrées par la loi’- généralisation d’angoisses conjugales, préjudiciables à la santé mentale, anaphrodisies féminines tellement signalées par le rapport Kinsey, et dont si souvent l’appréhension de la grossesse est le principe, abdication des parents « adolescents » dans les tâches éducatrices.

Ces responsabilités sont cependant beaucoup plus difficiles démontrer, car elles sont partagées avec d’autres inconvénients or interférences relevant de la civilisation urbaine et moderne.
Quoi qu’il en soit, le moins que le sociologue puisse remarquer c’est qu’il est impossible de relever un accomplissement quelconque des prédictions de la propagande anticonceptionnelle. Une diffusior massive des méthodes et des pratiques contraceptives, une instau ration générale de la « maternité volontaire » étaient censées devoir favoriser l’adaptation et l’équilibre des foyers, faire reculer les fléau> anti-familiaux attribués aux excès de fécondité, et arrêter le dévelop pement de l’enfance en danger moral et pré-délinquante.
Qu’on ne nous fasse pas dire, nous le répétons, que la contra ception est seule responsable de l’existence ou même de l’accroisse ment des maux sociaux : maladies mentales, délinquance juvénile instabilité conjugale, ni que ces maux n’existent que dans les pays ayant officialisé la contraception. Nous savons bien qu’il y a d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte. Nous soulignons seulemeni que rien, absolument rien ne nous montre le contrôle contraceptif des naissances comme un véritable remède, encore moins comme la panacée universelle que semblent prôner tant de publicistes par trop ignares de la véritable nature de l’homme et de la complexité sociale.

Il est temps de conclure. Au nom de l’anthropologie et très particulièrement de la sociologie, la contraception et plus encore son officialisation sont une erreur. Petit à petit le temps en fera la preuve.
C’est une erreur grave, en effet, de prétendre reforger la nature humaine, une erreur grave de penser qu’on peut impunément perturber des mécanismes et des processus infiniment délicats dans leurs fonctions essentielles. Les fausses acrobaties sont toujours dangereuses, surtout si l’on veut les ériger en normes. « Le genre humain n’est pas fait pour marcher sur les mains, c’est clair », écrit de façon humoristique le Dr RATTNER. Il n’est pas davantage fait pour ramener la fonction sexuelle à un jeu érotique à deux.
Certains vantent ce siècle où l’homme se rend maître de la nature et façonne le monde à son image. Cet éloge est légitime si l’homme, qui ne s’appartient pas, est capable de savoir ce qu’il doit être lui-même et s’il est capable de connaître l’Image sur laquelle il a été façonné et qu’il doit reproduire.
Mais rien n’est plus triste, si l’homme, en prétendant façonner le monde à son image, se défigure lui-même et se laisse dériver en caricature. Car le monde alors non seulement sera faussé, mais contribuera encore à fausser davantage son modèle.
La civilisation du « bonheur par la technique » ne serait peut-être bien qu’un leurre… et la civilisation de la contraception finalement une déception !

Conclusion

Il faut bien se rendre compte que ceci fut écrit dans les années 60!! C’est une véritable prophétie quand on voit ce qui ce passe actuellement! C’est incroyable de penser qu’une personne ait vu si juste… Mais le pire est que cette évolution de la mentalité n’est pas terminée!! S’il n’y a pas une rapide prise de conscience, il faut vraiment craindre le pire pour la société car elle est entrain de laminer ses bases, ses fondements et de s’autodétruire!

Alors protégeons le couple, protégeons la famille, protégeons la vie !

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