Ivan Rioufol à propos du suicide de Dominique Venner

Faut-il désespérer de la France ? C’était apparemment la conviction de l’écrivain d’extrême droite Dominique Venner : il a choisi de se « sacrifier » (c’est son mot), mardi après-midi, en se tirant une balle dans la bouche au cœur de Notre Dame de Paris. « Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies », a-t-il notamment écrit. Il est vrai que les sujets d’accablements ne manquent pas pour ceux qui observent la France millénaire renoncer progressivement à sa mémoire, encouragée par la pensée dominante à se dépouiller de ses héritages jugés encombrants. Nombreux sont ceux qui s’attristent de voir les dirigeants de la vieille nation brader sa culture et sa civilisation, rendre les armes devant des minorités vindicatives, reculer face à l’idéologie islamiste qui refuse crânement l’intégration. Le fait que les Français soient devenus un des peuples les plus pessimistes au monde (même les Irakiens ont meilleur moral !) n’est évidemment pas étranger à cette crise existentielle, qui a poussé Venner à son ultime protestation. Prétexter de son parcours politique pour délégitimer ou sous-estimer son geste, réflexe des médias ce mercredi, est une position trop facile. Sa souffrance exacerbée reste un témoignage qui mérite le respect.

Pour autant, je pense de Venner a eu tort de croire la France endormie, voire comateuse. Au contraire, il est aisé de noter un éveil de la résistance populaire, qui incite à la mobilisation. Les centaines de milliers de protestataires qui défileront dimanche, à Paris, pour signifier leur refus d’une société laissée à l’air du temps et au présentisme, témoignent d’un peuple qui sort de son hébétude, de sa léthargie. Je trouve réjouissant, également, le débat passionné qui s’ouvre ce mercredi autour du projet de loi sur l’enseignement supérieur, qui prévoit d’officialiser des cours en anglais à l’université, en rupture avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 qui a fait du français la langue officielle du pays à la place du latin. Plusieurs syndicats appellent à une grève et à des manifestations contre ce projet « inacceptable ». Mieux : c’est un député (PS) d’origine iranienne, Pouria Amirshahi, qui se trouve être parmi les plus chauds partisans de la défense du français et de la francophonie. Dans Libération de ce jour, un groupe d’universitaires étrangers conjurent la France : « Ne renoncez pas à l’usage de votre langue dans la transmission des savoirs, car en vous appauvrissant vous-même, vous appauvrirez aussi le monde entier ». Un pays qui est encore capable de s’enflammer de la sorte n’est pas mort.

Ivan Rioufol, Le Figaro

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